Elie Barthaburu

"La campagne est tranquille, le canon tonne, mais pas un Allemand en vue".
Extrait du 1er carnet, mardi 8 septembre 1914.

1914
1918

Consulter l'état signalétique des services d'Elie Barthaburu.


Elie Barthaburu, originaire de Saint-Palais, débute la guerre comme simple soldat. Cet étudiant en agronomie rejoint son corps le 12 août 1914 à la citadelle de Bayonne. Son frère ainé, Antoine, alors sergent et déjà mobilisé l’y attend: il est chargé de l’accueil des nouvelles recrues.


C’est ensemble que les deux frères partent pour Craonne, au sein du 49e RI, Elie est sous les ordres d’Antoine. Durant toute la guerre, Elie écrit beaucoup : il correspond avec sa famille, et note ses pensées dans des carnets dont trois nous sont parvenus. Dans ses carnets et ses lettres, Elie évoque le long voyage jusqu’au front.


"Depuis Juvisy, tout le monde cherche Paris. Les Basques voudraient voir la Tour Eiffel : leur espoir est déçu."
Extrait du 1er carnet, vendredi 4 septembre 1914.


Le 20 septembre 1914, les deux frères sont blessés par les éclats d’un même obus. Ils se perdent de vue, passent d’un hôpital à un autre, et ne se retrouvent que par l’intermédiaire de leur père, qui rend visite à ses deux fils.


"Quelle terrible journée ! On est triste, moitié malade, et toujours des blessés qui passent sur des civières. C’est à faire frémir ! Certains sont depuis 3 jours sur le champ de bataille, sans aucun soin, sous la pluie et le froid : quelles souffrances ils ont dû endurer !"
Extrait du 1er carnet, vendredi 18 septembre, deux jours avant d’être lui-même blessé.


Pour Antoine, la blessure, mal soignée sur le front, signe l’arrêt de la guerre. Elie en revanche retourne au combat au printemps 1915. Il commence alors une remarquable carrière militaire. Le 115e Bataillon des Chasseurs alpins auquel il appartient, est basé dans les Vosges, mais il participe à la bataille de la Somme. Nommé sergent en septembre 1916, Elie est sélectionné pour une formation d’officier à Saint-Cyr, qu’il réussit avec brio.

Extrait du carnet de note d'Elie Barthaburu à Saint-Cyr.

Il finit la guerre au grade de sous-lieutenant. Son courage et son tempérament de meneur d’hommes lui ont permis de recevoir quatre citations durant la guerre.


"Il faut oublier, se résigner, et partir en ayant déjà fait le sacrifice de sa vie."
Extrait du 1er carnet, lundi 14 septembre 1914.

Photographie Barthaburu. Les tranchées

Dans ses lettres, Elie décrit la guerre mais le ton n’est pas celui de ses carnets ; il se veut très rassurant pour sa famille. Il indique quand le temps va lui manquer et où il ne pourra pas écrire, trop conscient de ce que représente l’attente effrayée du facteur pour ceux restés à l’arrière. Sans insister sur sa fatigue, il aide sa famille à supporter l’absence quand les permissions se font rares.


"Et dire que nous sommes tout près des Boches ! C'est invraisemblable, et celui qui n'aura pas vécu ces moments-là ne pourra pas croire ce qu'on lui racontera. A 6 ou 700m d'ici, les obus cognent continuellement, et nous, nous restons le plus tranquillement du monde dans nos cagnas, sans souci, et n'ayant du reste aucun souci à avoir."
Lettre, samedi 6 novembre 1915.


"Il faut voir le terrain ! Ça a dû être effrayant ici. Tout est ravagé, bouleversé ; pas un sapin, pas une herbe ; des boyaux délaissés dans lesquels sont enterrés des centaines de cadavres ; de la ferraille partout. A côté de ça, un panorama splendide s'offre à nous : toute la plaine d'Alsace est devant nous."
Lettre, mercredi 5 juillet 1916


Dans ses carnets, Elie décrit les paysages ravagés comme la beauté conservée de la nature. Il évoque les marches et autres entrainements militaires, les essais de masques à gaz, les relations avec l’armée américaine. Il dit les vas-et-viens de son moral.


"C’est tout de même pitoyable de voir des villages riants encore l’an passé être réduits dans l’état où ils sont : pas une maison intacte ; tout est brûlé, saccagé, démoli. Quelle guerre !"
Extrait du 2e carnet, mardi 14 septembre 1915.


"Les tombes sont nombreuses par-là, mais toutes sont bien entretenues, et cela nous réconforte de voir qu’on a aussi soin de nos glorieux morts……..Nous avons passé la Toussaint à Fraize. Ce jour-là, comme toujours, il a plu : journée triste ; j’avais un cafard monstre."
Extrait du 2e carnet, mercredi 3 novembre 1915.

Carnet de Barthaburu

"[…] On finit par se fatiguer de cette vie : c’est la lassitude qui nous gagne ; toujours des obus, des balles, sans voir l’ennemi, sans bouger de place. Risquer de claquer bêtement sans savoir d’où ça vient, c’est idiot."
Extrait du 2e carnet, lundi 14 février 1916.

Le jour où sonne enfin la fin des combats, c’est un homme à jamais transformé par ces quatre années de guerre qui écrit :


"Quelques cris de : « Bravo ! Vive la France ! » ; un peu de brouhaha ; des conversations plus élevées pendant 10 minutes. Et c'est tout. A 11h, pendant la grande halte, la fanfare a joué la Sidi Brahim : pas un cri, rien. Cela ne veut pas dire que nous n'ayons pas ressenti une joie violente : ça se lisait sur tous les visages, mais on songeait aussi à bien d'autres choses..."
Lettre, lundi 18 novembre 1918.


La veille de l’armistice, ses lettres témoignent d’une étonnante lucidité sur les événements en cours et qui ont marqué et dévasté les hommes et les paysages pour de nombreuses années :

"La guerre est finie ou presque, mais il est impossible ici de l'oublier."
Lettre, au front, dimanche 10 novembre 1918.

Gaston Darmendrail, infirmier

Le fonds de la famille Barthaburu comprend également l'album photographique d'un parent d'Elie Barthaburu, Gaston Darmendrail.
Ce fonds est notamment composé de photographies d'un hôpital militaire, à Meurival, à quelques kilomètres du front.

Parcours de soldat, récit de famille

Michel Barthaburu, le fils d'Elie, a accepté de mettre à la disposition des Archives départementales les documents familiaux sur la Première guerre mondiale.

Il livre également un témoignage poignant sur son père, peu connu et redécouvert par sa correspondance.

"Je suis fier du parcours de mon père et heureux de lui rendre hommage." Michel Barthaburu

Les carnets de guerre d'Elie Barthaburu font l'objet d'une transcription intégrale par Michel Barthaburu. Celle-ci est publiée par la Société des sciences, lettres et arts de Pau et du Béarn.

Le 2 août 1914, Louis réunit toute sa famille pour immortaliser les derniers instants ensemble avant la guerre.
Elie est debout à gauche, Antoine debout à droite.

Dossier pédagogique

1914-1918

Bouton Haut de page