Des chevriers à Paris

Document du mois

La famille Miédougé

La vallée d'Ossau, territoire isolé

Carte postale de Béon (8 Fi 001-128-704)

La vallée d’Ossau, en cette fin du 19e siècle, égrène le long du gave du même nom, de petits villages à l’architecture pittoresque, aux maisons en galets  et toit d’ardoise. Leurs habitants sont habitués à la vie rude des montagnes, sont cultivateurs, forgerons, pasteurs de brebis. Le béarnais est leur langue maternelle et leur quotidien ne dépasse pas la ville d’Arudy.
Pourtant, dans le village d’Aste-Béon (section Béon), une famille se distingue par son activité singulière : les Miédougé sont chevriers. Ce ne sont pas des éleveurs locaux mais des transhumants à travers la France, jusqu’à Paris, qui ont développé un commerce lucratif à l’origine de leur fortune.

La famille Miédougé

Marcel Miédougé, meunier, et Marianne Pébaqué ont eu neuf enfants. Les quatre garçons de la famille (Jean-François, Jean-Pierre, Barthélémy et Joseph) alternent les métiers de chevriers, de meuniers et de marchands de grains. Les revenus du chevrier servent à l’achat de maisons, à Aste-Béon, Bescat et Arudy, de moulins et de terres, préparant ainsi les futures activités des frères.
L’état signalétique et des services du plus jeune, Joseph, raconte les itinéraires empruntés entre 1893 et 1919. De Listrac (Gironde), les troupeaux étaient conduits (à pied) entre janvier et mars jusqu’à Neuilly. Le benjamin de la fratrie retournait dans le Libournais en fin de saison estivale.

Le métier de chevrier

Dans l’article de Pierre Tucoo-Chala, « Enquête sur les chevriers béarnais à Paris » (SSLA, 1978, cote AD64 BIB P 8/1978), on les retrouve dans les faubourgs de Paris, promenant chacun leur troupeau de vingt têtes et vendant au gobelet ou à la bouteille le lait fraîchement tiré. Chaque chèvre procurait un revenu de 5 francs par jour. En fin de saison, après cinq mois dans la capitale, chaque troupeau de 20 chèvres rapportait près de 15.000 francs, une fortune à l’époque.

Consultez ci-dessous l'article paru dans Le Figaro (supplément économique illustré) du 28 janvier 1924 sur le site de la Bibliothèque nationale de France (gallica.bnf.fr).

Le passage du chevrier rencontrait toujours du succès auprès des parisiens : la consommation du lait de chèvre frais était recommandé par la médecine et le spectacle des caprins dans des lieux tels les grands magasins ou le Sacré-Cœur ne manquait pas de susciter la curiosité.

Jean-François Miédougé dessiné par Edouard Detaille (AD64 BIB P 8/1978).

L’activité de chevrier des quatre frères Miédougé s’étend sur une période d’au moins une trentaine d’années, à partir des années 1880. Si Jean-François, l’aîné, s’est rapidement converti en meunier à Aste-Béon, âgé d’une trentaine d’année (reprenant le moulin de son père  Marcel), ses frères continueront longtemps à arpenter les routes de France. Même le décès du cadet en 1887, Jean-Pierre, 26 ans, ne détournera de leur objectif, Barthélémy et Joseph, de conduire leur troupeau entre Béarn et capitale.

Les chevriers devant les grands magasins parisiens (AD64 BIB P 8/1978).
Les chevriers à Montmartre (AD64 BIB P 8/1978)

Mais les Miédougé n’ont pas le monopole de cette activité singulière. D’autres familles d’Aste-Béon ont partagé ce savoir-faire pendant la même époque : les Laborde-Porte (Jean-Pierre époux de Marie Doumecq) et les Campagne-Lavigne (Pierre époux de Marie Loustalet). A Bescat également, on relève les Lacoste-Badie (Pierre) et les Mazères (Cyprien) (état-civil des communes d’Aste-Béon et Bescat).
La Première guerre mondiale met un terme à ce commerce de lait de chèvre. Barthélémy se retire à Arudy et Joseph à Bescat jusqu’à leur décès en 1936 pour le premier et 1950 pour le second. Ils laissent des maisons à Bescat et Arudy en héritage ainsi que plus de 300.000 francs en valeurs (pour Barthélémy), fruits d’années de labeur en compagnie de chèvres méritantes.

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